"Je t'idéalisais trop..."
Voilà ce qu’une amie, très chère à mon cœur, m’a lâché un jour…
En lui laissant un audio de routine, je lui raconte brièvement à quel point j’ai lâché prise sur quelques petites choses, dont les écrans…
Comme par exemple : je laisse ma petite dernière de moins de 3 ans participé au visionnage de dessins animés/films de ses grands frères. Chose que j’interdisais formellement à mon premier fils, puis mon 2eme, et à cause de laquelle j’étais en perpétuel conflit avec ma propre famille.
La vision seule de l’écran du téléphone de mon père ou de ma mère était source de grosse colère chez moi. Cette « simple » vision de l’écran allait entraîner une perte de neurones évidente chez mon enfant et ouvrir la voie à la dépendance !!!! Et cette situation ne me faisait pas rire du tout…
Oui, j’étais dans cet état d’esprit/croyance…
C’était très sérieux ! J’écoutais beaucoup les interventions de grands chercheurs, experts, qui traitaient des effets néfastes sur le cerveau d’un enfant. Mon enfant, ma responsabilité ! Ça n’arrivera jamais !
Sauf que… Je me suis rendue compte que j’avais réellement frustré mon fils car l’écran était devenu une vraie obsession. C’était insupportable. Pourtant, je diminuais l’utilisation de mon portable devant lui, et à l’époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux comme aujourd’hui.
La moindre lumière d’un écran réveillait l’obsession. La moindre visite chez mes parents demandait constamment un briefing sur la TV. La moindre mention de mes parents rappelait la TV.
Rhaaaa!! J’ai grandi avec la TV et je n’ai jamais été dans cet état… Alors qu’est-ce-qu’on a raté ??
Finalement, j’essaie d’être plus souple, je laisse regardé mais pas trop tôt le matin, ni trop tard le soir, je fais en sorte qu’on prenne l’air juste après… J’essaie de poser ce créneau « correctement ». J’essaie, par la même occasion, de paraître moins extrémiste à la vue de l’entourage.
Sauf que… Je n’ai pas appris à fixer un cadre. Donc, je me retrouve avec des enfants ( mon 2eme inclus quelques temps après) qui ont enchaîné des heures devant la TV parce que mes attentes n’avaient pas été respectées (par moi-même) et que « c’est bon, la TV ne va pas les tuer… »
Sauf que… J’observe que mes enfants (di)gèrent très mal l’écran. A chaque retour de chez mes parents, c’est bagarre assuré… A cause de leur atypie ? Je ne peux pas en être sûre.
Transition en douceur
Bref, les années passent, et toujours des bas concernant cette maudite TV. Mais, je parviens à rester ferme même si c’est l’horreur au fond de moi. J’ai toujours cette pression avant de débarquer au sein de ma propre famille parce que je sais que je vais devoir en découdre avec ce sujet… Jusqu’à ce que, petit à petit, on prenne de la distance et qu’on fasse de notre venue, une occasion. C’est moche, mais c’était nécessaire.
Finalement, l’écran n’a pas « cramé » les neurones de mes enfants mais le non-respect de mes règles à l’extérieur, à ce sujet, a créé quelque chose de plus vicieux : l’obsession…
A l’arrivée de mon 3eme enfant, mes aînés avaient dépassé cet âge de 3 ans. Dans notre quotidien, j’avais instauré des jours et créneaux (plus ou moins tenus) au visionnage de l’écran. Ça ressemblait déjà plus à quelque chose. Au fur et à mesure, j’avais observé que mon 3eme, qui se trouvait dans les parages, ne réclamait pas l’écran…. Il regardait un peu, puis allait vaquer à ses occupations d’explorateur.
Puis, mon 4eme est arrivé. Idem. Même schéma. Pas de réclamation et surtout, pas d’obsession de la part des deux petits.
Donc, maintenant que je parle de ma fille de moins de 3 ans, je n’ai aucun problème de conscience à dire qu’elle participe au visionnage.
Parce que je sais qu’elle est dans l’apprentissage de 3 langues, qu’elle est en plein développement moteur (global et fin), qu’elle apprend de jour en jour, qu’elle ne présente aucun retard, que ses neurones n’ont pas grillé…. (enfin j’espère!)
Tout récemment, j’ai entendu une grande figure qui disait que « l’écran, c’est la mort de l’enfance », en avançant quelques arguments. Honnêtement, je me suis remise en question pour la énième fois…. Son argument principal : perte de créativité.
Et en repensant à notre parcours, je me suis dit « non…. ».
Non, car aujourd’hui, mes enfants regardent grand max 2h/semaine. Cela ne les empêche pas de développer leur créativité par le dessin, jeu libre, construction, etc.…
Non, ce n’est pas la mort de l’enfance quand c’est à petite dose.
Dans le meilleur des mondes, une vie sans écran est sûrement plus profitable et bénéfique…sauf que, nous vivons dans l’ère numérique, donc impossible de passer à côté.
La curiosité sera toujours attisée d’une façon ou d’une autre. Comme toute chose, le juste milieu est de mise.
Sans culpabilité
Revenons à la parole de ma chère sœur: « je t’idéalise trop !! »
Le jour où je lui disais que ma dernière regardait avec ses frères, je pensais à ces moments où j’avais besoin de me libérer de la charge de mes enfants. Je n’allais quand même pas les refourguer à ma précieuse voisine sans prévenir à l’avance….
Parce que oui, il y a des jours où ils se cherchent, se trouvent, c’est la pagaille, parce que « maman » a d’autres soucis à régler et qu’elle n’est pas disponible émotionnellement pour prendre en charge ses enfants, un à un, et de trouver un terrain d’entente.
Oui, il faut accepter qu’il y aura des jours sans « ennui qui mène à la créativité » mais plutôt au chaos.
Est-ce que ça fera de nous une famille sans savoir ni créativité ?
Il suffit de pouvoir doser pour pouvoir réguler. Pouvoir, c’est à dire «se laisser la possibilité de se tromper», «rectifier le coche après s’être planté», «changer de stratégie »….
L’écran, une épreuve dans chaque foyer… A nous de voir ce que nous souhaitons!
Bon courage à tous!